Lire un ouvrage. Lutter pour comprendre des pans entiers. S’émerveiller en parcourant d’autres chapitres. Je dois avouer que Libérez votre cerveau est un livre que j’ai trouvé complexe à lire. Les 100 premières pages m’ont paru parfois très techniques, avec des notions scientifiques éloignées de mes connaissances et de ma formation.
Curieux et lecteur d’articles sur l’apport des neurosciences dans la pédagogie, j’ai apprécié et retenu certains passages que je me propose de vous partager et de commenter. Attention toutefois, cette lecture que j’en fait est celle d’un candide au pays des neurosciences 🙂

Emerveillement vs. conformité

L’école nous apprend la conformité : les règles, les us et coutumes pour transférer le savoir et le savoir-faire. Mais la conformité est un frein au savoir et s’oppose à son principal moteur : l’émerveillement. L’enthousiasme, l’intérêt, la curiosité sont des vecteurs naturels chez L’Homme qui le poussent à explorer, à apprendre et comprendre. Idriss Aberkane nous dit qu’il n’y a pas d’excellence sans amour. Nous devons donc créer de l’enthousiasme et de l’émerveillement chez nos enfants (et nos adultes) pour que l’apprentissage soit relié à des notions de plaisir (vs. conformité), pour que nos enfants tombent amoureux de la connaissance, d’une connaissance en particulier. L’exemple du sport est caractéristique : l’enfant qui aime le foot et passe sa vie un ballon au pied à jouer dans le jardin. Pourquoi cet enfant ne pourrait-il pas également être un féru de chimie et aimer expérimenter un tas d’expériences avec ses parents et les partager à son école ?
L’auteur cite le  célèbre pitch de Logan Laplante qui, lors d’un TedX, partage sa vision du bonheur chez l’enfant et l’adolescent.

Au delà de cet exemple, certains beaucoup plus récents donnent à réfléchir. Le cours le plus populaire de l’Université de Yale est un cours sur…le bonheur. Le cours a tellement plus qu’un format MOOC sera bientôt disponible sur Coursera, sous le nom Science of Well being.
Concernant le plaisir d’apprendre, je citerai également les travaux de Céline Alvarez, regroupés dans son ouvrage Les lois naturelles de l’enfant, que je vous engage à lire tellement il est passionnant et inspirant.

L’information est ponctuelle, le savoir est reproductible

 

Le propos distingue bien l’infrastructure de l’information, qui est technologique (d’ordinateurs à ordinateurs) et l’infrastructure de la connaissance, qui relève de la neuroergonomie. Ce que j’ai compris de la la neuroergonomie, c’est la capacité de notre cerveau à utiliser ses propres fonctions cognitives pour stocker du savoir.

Idriss Aberkane part du constat que nous produisons beaucoup plus de connaissances que nous pouvons en transférer. Nos 5 sens sont les canaux de compréhension, d’acquisition et de rétention de la connaissance. Les récents progrès des neuro-sciences (adaptive learning…) permettent aujourd’hui de mieux mobiliser les sens pour développer le transfert de connaissance.

Bien que la neuroergonomie puisse développer les capacités de notre cerveau, la balance production/transfert de connaissances penchera inexorablement vers la production.
La production de connaissances, la production d’innovations n’a jamais été aussi forte, massive, rapide. Si bien que nombre d’entre nous se sentent de plus en plus vulnérables face aux transformations de la société (technologique, culturelle, sociologique).

La courbe ci-dessous, issue d’une étude de Deloitte, démontre bien l’ampleur et la complexité des transformations que nous vivons.

Il apparait comme une  évidence que les RH et notamment les Services Formations ont un rôle stratégique à jouer dans le change management, dans l’acquisition de nouveaux savoirs et dans la diffusion d’une culture apprenante.
Idriss Aberkane en reparle plus tard dans son livre : l’homme produit plus rapidement des connaissances qu’il peut en acquérir. Et seuls l’apprentissage en groupe (et l’intelligence collective) ainsi que la neuroergonomie peuvent palier à cet écart.

L’homme produit plus rapidement des connaissances qu’il peut en acquérir Click To Tweet

Ecole vs. cerveau : par quoi comment t-on ?

 

Une citation a particulièrement retenu mon attention :

Il ne faut pas forcer le cerveau à ressembler à notre école. Il faut forcer notre école à ressembler à notre cerveau. Click To Tweet

La citation est suffisamment explicite voire évidente pour que l’on puisse en tirer un constat. Le conformisme de l’Ecole (de la maternelle à l’Université) nous pousse à apprendre dans une certaine forme de douleur (parfois) mais surtout sans développer le plaisir et le jeu. Or, de nombreuses études et expérimentations ont montré que les élèves apprenent dans un contexte ludique. Idriss Aberkane cite notamment la méthode de Mattew Peterson, un neuroscientifique ayant appris les mathématiques à ses élèves à l’aide….de jeux vidéos. Les résultats de cette méthode sont tout simplement impressionnants. L’intervention TEDx présente l’approche, centrée sur le jeu.

 

Autre exemple, celui de Mickaël LAUNAY, créateur du site MicMaths, qui partage une pédagogie ludique et inspirant pour apprendre les mathématiques et la géométrie.

Science sans conscience n’est que ruine de l’âme

 

La citation de Rabelais n’a jamais été aussi contemporaine. A l’aune de la toute puissance de l’intelligence artificielle, artefact crée par l’Homme pour le dépasser, la science omet la sagesse qui doit pourtant l’accompagner. Dans la course au tout technologique, certains leaders comme Elon Musk, Stephen Hawking ou Bill Gates avertissent des dangers de l’intelligence artificielle dite « forte » pour l’Homme et la civilisation. Ceux qui ont poussé des industries et écosystèmes pour l’innovation technologique (SpaceX, Microsoft, SpaceX) ont maintenant des craintes maintenant pour la préservation de l’espèce humaine !

La technologie a toujours voulu changer le monde, pas toujours pour le rendre meilleur ! Click To Tweet

L’auteur cite bien dans l’ouvrage Jean-Paul Delevoye :  » Le savant sait résoudre des problème que le sage n’auraient jamais eus ».  La course à l’innovation ne s’accompagnant pas de la philosophie associée, elle en perd son SENS. Cela rappelle les regrets d’anciens salariés de Facebook, accusant le réseau social de détruire les relations sociales, alors même que ce sont eux qui l’ont mis en oeuvre. Ou Justin Rosenstein, avouant avoir « enfanté » un monstre en créant le bouton J’aime de Facebook, démon de l’attention du monde contemporain.

 

Depuis la nuit des temps, l’Homme a crée les conditions utiles à la survie tout comme l’animal. Mais quel animal a développé des conditions programmant sa propre extinction ? Click To Tweet

Vous me direz, toute la différence entre l’animal et l’Homme, c’est que celui-ci est pré-programmé et que nous sommes pré-disposés. Cette prédisposition, dès la naissance, donne à l’Homme des capacités cognitives exponentielles (vs. l’animal). Ce sont ces mêmes capacités qui nous conduisent hier à aujourd’hui vers notre propre perte.

Je vais m’expliquer en tentant un parrallèle un peu risqué :

L’homme a conçu la 1ère et 2nde révolution industrielle sans se soucier des conséquences du dérèglement climatique  et environnemental de la planète ; il  conçoit la 3ème révolution industrielle sans se soucier des conséquences de celle-ci sur sa propre survie.

Pour les gens qui me connaissent, ils savent que je suis un digital enthousiast, que je suis loin des techno-septiques. Mais je m’interroge et le livre d’Idriss Aberkane renforce mes questions. Les GAFAM pilotent le monde en assurant qu’ils souhaitent créer un monde meilleur, en éliminant les frictions et en automatisant ce qui peut l’être. La course à l’automatisation, la chasse à l’improductivité, l’amélioration phénoménale des capacités de calcul avec l’ordinateur quantique….. voilà autant de missions qui peuvent sauver des vies (automatisation de la chirurgie, utilisation big data prédictif dans des diagnostics….) tout autant qu’ils peuvent en tuer (drones autonomes….). Quand un drone sera autonome et doté d’une intelligence artificielle dite « forte », c’est à dire capable de prendre des décisions, de formuler des comportements autonomes et de s’adapter, qui dit que ce drone « obéira » à son programmateur ? L’iA a t-elle une conscience ? L’iA a t-elle une morale ? Quand bien même, la morale sera t-elle de détruire le terrorisme du Moyen orient ? de cibler l’Occident ? Ou les deux peut-être ?
L’intelligence artificielle va prendre le dessus sur l’intelligence humaine, du moins dans de nombreuses activités professionnelles comme l’analyse l’excellent rapport Mc Kinsey. Mais comment prédire qu’elle ne prenne pas le dessus sur l’Homme tout court ? Je laisse ceci à la réflexion de chaucun. Pour finir sur une note plus positive ce paragraphe, je vous recommande l’intervention récente d’Idriss Aberkane sur l’iA.

 

Connaissance et compréhension, les facteurs clés de succès de l’intelligence collective

 

Je concluerai ce billet en vous recommandant de prendre connaissance du projet Chreage d’Idriss Aberkane (que je soutiens personnellement),dont l’ambition est d’utiliser l’intelligence collective humaine pour rendre encore plus accessible la connaissance et de tenter de rééqulibrer la balance production/transfert de connaissance.